Perspectives économiques et financières – Octobre 2026
Le présent rapport fournit une projection de référence pour aider les parlementaires à évaluer les résultats économiques et budgétaires possibles dans le cadre des politiques actuelles.
Résumé
Ce rapport fournit des projections de référence actualisées afin d’aider les parlementaires à évaluer le contexte économique et les choix budgétaires dans le cadre des politiques actuellement en vigueur. Nos perspectives tiennent compte des données économiques observées jusqu’au 6 octobre ainsi que des nouvelles mesures annoncées par le gouvernement depuis la Mise à jour économique du printemps 2026[^1]. Parmi les annonces récentes figurent la Mégadéduction liée à la productivité (36 milliards de dollars), des mesures de soutien liées aux droits de douane (7,5 milliards de dollars) ainsi qu’un nouveau financement pour les ententes pancanadiennes sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants (jusqu’à 5,4 milliards de dollars).
Perspectives économiques
La croissance du PIB réel devrait désormais s’établir à 0,9 % en 2026 et à 1,5 % en 2027, ce qui représente une baisse par rapport à nos perspectives de juin 2026, soit 1,1 % et 1,6 %, respectivement. Les projections économiques révisées intègrent les droits de douane américains et les contre-mesures canadiennes en vigueur au 1er octobre 2026. Les perspectives du BDPB s’appuient sur son évaluation selon laquelle les mesures commerciales bilatérales combinées mises en place depuis début 2025, si elles devaient devenir permanentes, pourraient réduire le niveau du PIB réel d’environ 1,4 % à moyen terme, par rapport à un scénario sans ces mesures, contre un impact estimé à 0,9 % dans les perspectives de juin 2026.
Malgré un ralentissement de l’activité économique réelle, le PIB nominal, soit la mesure la plus large de l’assiette fiscale du gouvernement, devrait être plus élevé que ce qui était prévu dans les perspectives de juin et croître de 5,6 % en 2026 et de 3,4 % en 2027. Si l’on tient compte des révisions historiques, cela correspond en moyenne à une augmentation de 26,9 milliards de dollars par année au cours de la période de 2026 à 2030. Cette révision à la hausse est attribuable à un déflateur du PIB plus élevé plutôt qu’à une augmentation de la production réelle. Les prix des exportations canadiennes ont augmenté davantage que prévu au cours du premier semestre de 2026, tandis que la hausse des prix de l’énergie, particulièrement ceux du pétrole, soutient le PIB nominal en 2026 et en 2027. L’incidence de la hausse des prix de l’énergie devrait toutefois s’atténuer après 2027 à mesure que cette hausse se résorbera.
Perspectives financières
Nous prévoyons que le déficit budgétaire sera de 63,3 milliards de dollars (1,8 % du PIB) en 2026-2027, qu’il atteindra un sommet de 70,2 milliards de dollars (2,0 % du PIB) en 2027‑2028 et qu’il demeurera supérieur à 63 milliards de dollars jusqu’en 2030-2031. Par rapport à nos perspectives de juin, les déficits devraient être supérieurs de 3,0 milliards de dollars par année en moyenne sur la période allant de 2026‑2027 à 2030‑2031, les nouvelles mesures plus que contrebalançant l’augmentation des recettes. L’évolution de la conjoncture économique et d’autres facteurs financiers améliore le solde budgétaire de 7,5 milliards de dollars par année en moyenne, principalement grâce à des recettes fiscales plus élevées, en partie contrebalancées par une augmentation des frais de la dette publique. Les mesures annoncées depuis la Mise à jour économique du printemps 2026 entraînent des coûts nets en moyenne de 10,5 milliards de dollars par année, lesquels dépassent largement la marge de manœuvre financière supplémentaire à compter de 2027‑2028. D’ici 2030‑2031, nous prévoyons que le déficit s’établira à 67,8 milliards de dollars (1,7 % du PIB), soit 9,5 milliards de dollars de plus que ce qui était projeté dans nos perspectives de juin.
Les frais de la dette publique constituent la catégorie de dépenses qui croît le plus rapidement. Ils devraient plus que doubler, passant de 24,5 milliards de dollars en 2021-2022 à 59,3 milliards de dollars en 2026-2027, puis atteindre 83,0 milliards de dollars d’ici 2030-2031. Cette hausse s’explique par le rythme des emprunts du gouvernement fédéral, qui est environ deux fois plus rapide que celui des déficits fédéraux cumulés au cours de la période, ainsi que par l’augmentation prévue du coût des emprunts fédéraux à court terme sous l’effet des pressions exercées sur les taux d’intérêt et les rendements obligataires.
Par habitant, les frais de la dette publique devraient passer de 640 \$ en 2021-2022 à 1 419 \$ en 2026-2027 et atteindre 1 952 \$ en 2030-2031, sous l’effet de la faible croissance de la population et de l’augmentation de l’encours de la dette.
Le BDPB prévoit que la dette fédérale par habitant passera de 29 811 \$ en 2021-2022 à 33 436 \$ en 2026-2027 et à 39 191 \$ en 2030-2031.
Ce rapport présente les grandes lignes des Perspectives économiques et financières du BDPB. Les principales hypothèses et les principaux résultats des projections sont présentés aux annexes A à I.
Perspectives économiques
L’économie canadienne a stagné au tournant de l’année. Le PIB réel s’est contracté à un taux annualisé de 1,0 % au quatrième trimestre de 2025 et n’a progressé que de 0,3 % au premier trimestre de 2026, les exportations et les investissements des entreprises ayant absorbé les effets des mesures commerciales imposées en 2025. L’activité économique a rebondi au deuxième trimestre, le PIB réel ayant progressé de 3,3 %, sous l’effet de la vigueur des dépenses des ménages et d’une reprise des exportations. L’économie amorce la deuxième moitié de l’année dans un contexte de nouveaux droits de douane américains, de contre-mesures canadiennes, de prix de l’énergie plus élevés et de faible croissance démographique.
Les nouveaux droits de douane américains et les contre-mesures canadiennes assombrissent davantage les perspectives que nous ne l’avions prévu en juin. Les perspectives économiques se sont encore affaiblies par rapport à nos projections de juin 2026 en raison des nouvelles mesures commerciales mises en place en août et en septembre. Nos projections tiennent compte de toutes les mesures tarifaires en vigueur au 1er octobre 2026. Elles reposent également sur l’hypothèse selon laquelle les mesures américaines demeureront en place tout au long de la période de projection. Il s’agit d’une hypothèse de statu quo et non d’une prévision quant à l’issue des négociations. Nous prévoyons que la croissance demeurera modérée pendant le premier semestre de 2027, puis qu’elle se redressera graduellement à mesure que les entreprises s’adapteront au nouvel environnement commercial et que les exportations reprendront.
Les perspectives du BDPB s’appuient sur son évaluation selon laquelle les mesures commerciales actuelles, si elles devaient devenir permanentes, pourraient réduire le niveau du PIB réel d’environ 1,4 % à moyen terme, contre un impact estimé à 0,9 % en juin. Toutefois, les résultats effectifs dépendront d’une série de facteurs allant au-delà des politiques tarifaires, notamment l’évolution des marchés des matières premières, la croissance économique mondiale et le rythme d’adaptation des entreprises. Voir Note d’évaluation sur les Perspectives économiques et financières – Incidence économique des récentes mesures commerciales entre le Canada et les États-Unis. Compte tenu de ces répercussions, nous prévoyons une croissance du PIB réel de 0,9 % en 2026 et de 1,5 % en 2027 (tableau 1), en baisse par rapport aux taux respectifs de 1,1 % et de 1,6 % prévus dans nos perspectives de juin. Les données mensuelles font état d’une croissance modeste au début de la deuxième moitié de 2026 : le PIB réel est demeuré essentiellement inchangé en juillet, et les estimations préliminaires de Statistique Canada indiquent une hausse de 0,2 % en août[^2]. Nous prévoyons que les exportations et les investissements des entreprises s’affaibliront d’ici la fin de l’année, alors que les nouvelles mesures commerciales produiront leurs effets.
Notre projection révisée pour 2026 est inférieure aux plus récentes prévisions publiées par le ministère des Finances Canada et le Fonds monétaire international (FMI), conforme à celle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais légèrement supérieure à celle de la Banque du Canada (tableau 2). Pour 2027, notre projection est inférieure à toutes les prévisions présentées, à l’exception de celle de l’OCDE. Les projections du FMI et de l’OCDE ont été publiées après les mesures commerciales annoncées en août et en septembre, lorsque les négociations ont été suspendues, tandis que celles de Finance Canada et de la Banque du Canada ont été préparées avant ces mesures. La projection d'octobre du FMI pour le Canada est inchangée par rapport à celle de la mise à jour de juillet.
La croissance prévue en 2027 sera principalement soutenue par les dépenses des ménages, tandis que les exportations et les investissements des entreprises demeureront faibles. En 2027, la croissance du PIB réel sera principalement attribuable à la consommation des ménages (figure 1), la croissance des salaires étant supérieure à l’inflation. La reprise des investissements des entreprises ne se fera que graduellement, celles-ci devant reporter leurs projets d’expansion en raison de l’incertitude entourant les droits de douane. Les exportations n’augmenteront que légèrement sur une base annuelle, alors que les mesures tarifaires annoncées en août produiront pleinement leurs effets. L’investissement résidentiel devrait également se redresser après son recul en 2026, soutenu par les nouvelles mesures fédérales en matière de logement et par des coûts d’emprunt qui demeureront bien en deçà de leur sommet de 2023‑2024.
Bureau de la directrice parlementaire du budget et Statistique Canada.
Bureau de la directrice parlementaire du budget et Statistique Canada.
La période de prévision s’étend de 2026 à 2031.
La croissance s’accélère à compter de 2028, et l’économie retrouve sa capacité de production d’ici 2030. Au-delà du court terme, la croissance devrait se raffermir : le PIB réel progressera de 1,7 % en 2028, sous l’effet d’un rebond des investissements des entreprises, à mesure que s’estompent les reports attribuables à l’incertitude entourant les droits de douane, ainsi que de la reprise des exportations. Selon notre hypothèse de statu quo, les droits de douane américains demeureront en vigueur, mais l’incertitude qu’ils suscitent s’atténuera graduellement au fil du temps. À mesure que la confiance des entreprises se rétablit et que la demande se renforce, dans un contexte où l’économie se rapproche de nouveau de sa capacité de production, les entreprises vont de l’avant avec les projets qu’elles avaient mis en suspens, et la croissance des investissements des entreprises s’accélère et atteindra environ 4 % en 2028, ce qui ramènera leur part du PIB réel à son niveau de 2023 d’ici 2029.
Comme la croissance dépasse notre estimation de la croissance de la production potentielle, l’économie retrouvera sa capacité de production d’ici 2030. De 2029 à 2031, la croissance moyenne sera de 1,8 %, ce qui correspond à la croissance de la production potentielle, la croissance démographique retrouvant un rythme d’environ 0,8 % par année.
Le taux de chômage augmentera légèrement jusqu’à la fin de 2026, puis diminuera graduellement à mesure que l’économie se redresse. Le taux de chômage a reculé depuis le printemps, passant de 6,9 % en avril à 6,4 % en juillet, et il s’est maintenu à ce niveau en août. En août, l’emploi et la population active ont tous deux diminué, et le taux d’activité a légèrement fléchi. Nous nous attendons à ce que le taux de chômage atteigne 6,7 % d’ici la fin de 2026, l’emploi reculant plus rapidement que la population active à la suite des nouvelles mesures commerciales.
En 2027, le ralentissement de la croissance démographique limite la hausse du taux de chômage : comme moins de personnes entrent sur le marché du travail, le recul de l’emploi se traduit principalement par une diminution de la population active. Le taux de chômage diminuera ensuite graduellement pour s’établir à 5,9 % à la fin de la période de projection, conformément à notre estimation de sa tendance à long terme. Le vieillissement de la population entraîne une baisse graduelle du taux d’activité projeté au cours de la période; ce taux passera d’environ 65 % en 2025 à 63,5 % d’ici 2031.
La population en âge de travailler étant limitée à court terme, la croissance future des revenus devra reposer davantage sur une hausse de la production par heure travaillée que sur la croissance de l’emploi. Au cours des prochaines années, l’évolution de la productivité mesurée tiendra compte de plusieurs facteurs à la fois, notamment le ralentissement de la croissance démographique, les mesures tarifaires et les mesures fédérales visant à soutenir les investissements des entreprises.
La hausse des prix de l’énergie maintient l’inflation à un niveau élevé en 2026. L’inflation devrait s’établir en moyenne à 2,8 % en 2026. Dans l’ensemble, la hausse des prix de l’énergie attribuable aux perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz ainsi que les pressions sur les prix liées aux contre-mesures commerciales canadiennes devraient plus que neutraliser les pressions à la baisse sur les prix causées par une économie qui fonctionne en deçà de sa capacité de production et un dollar canadien plus fort. À mesure que la hausse des coûts de l’énergie se répercute sur les prix des autres biens et services, l’inflation sous-jacente[^3] devrait, à la fin de 2026, dépasser 2,5 %, à un taux annualisé.
Les taux d’intérêt augmenteront légèrement en 2027 et l’inflation se rapprochera de nouveau de la cible de 2 %. D’après notre estimation de la trajectoire de l’inflation à moyen terme, nous supposons que la Banque du Canada commencera à relever son taux directeur au début de 2027 afin de maintenir les attentes d’inflation bien ancrées, mettant ainsi fin aux mesures de stimulation monétaire et portant le taux directeur à son niveau neutre estimé de 2,75 % d’ici le milieu de 2027, alors que l’économie fonctionnera toujours en deçà de sa capacité de production. Selon ces hypothèses, le taux directeur atteindra son niveau neutre deux trimestres plus tôt que dans nos perspectives de juin. La trajectoire du taux est une hypothèse de projection qui nous permet d’estimer les conditions économiques et financières à moyen terme; elle ne doit pas être interprétée comme une analyse de la politique monétaire ni comme des recommandations en la matière.
Selon cette trajectoire, l’inflation sous-jacente reviendra graduellement aux alentours de 2 % et se maintiendra à ce niveau pour le reste de la période de projection. L’inflation globale ralentira pour s’établir à 2,4 % en 2027, puis à 1,7 % en 2028 à mesure que les prix de l’énergie reculeront, avant de revenir à la cible de 2 % une fois que les prix de l’énergie se seront stabilisés et que l’économie aura retrouvé sa capacité de production.
Le PIB nominal, et donc l’assiette fiscale, est plus élevé que dans nos projections de juin du fait de la hausse des prix, et non parce que l’économie a accru sa production. Après avoir pris en compte les révisions historiques, le PIB nominal, qui constitue la mesure la plus large de l’assiette fiscale du gouvernement, devrait être en moyenne supérieur de 26,9 milliards de dollars par année au cours de la période de 2026 à 2030 par rapport à nos perspectives de juin. Cette évolution reflète des prix plus élevés, attribuables à la hausse des prix des produits de base, qui améliore les termes de l’échange du Canada et augmente le déflateur du PIB, plutôt qu’à une activité économique réelle plus forte. L’encadré ci-dessous présente les sources de ces révisions et leurs incidences sur les recettes fédérales.
Le PIB réel mesure le volume des biens et services produits dans l’économie. Le PIB nominal attribue une valeur à cette même production aux prix courants et reflète donc les variations à la fois des volumes et des prix. Ces deux mesures peuvent par conséquent évoluer dans des directions opposées : si les prix augmentent davantage que les volumes ne diminuent, le PIB nominal augmente alors même que le PIB réel recule. Le PIB nominal constitue également la mesure la plus large de l’assiette fiscale du gouvernement.
Par rapport à nos perspectives de juin, nous avons révisé à la baisse le PIB réel, car les nouveaux droits de douane des États-Unis et les contre-mesures canadiennes pèsent sur les investissements des entreprises et sur la productivité. Une population en âge de travailler plus importante que nous ne le pensions en juin compense en partie cette dynamique, car l’ajout de travailleurs accroît à la fois la capacité de production de l’économie et les dépenses des ménages.
Nous avons toutefois révisé à la hausse nos projections du PIB nominal afin de tenir compte de la hausse des prix. Les prix des exportations canadiennes ont augmenté plus que prévu au cours du premier semestre de 2026, et ce niveau plus élevé se maintiendra tout au long de notre période de projection. La révision est la plus importante en 2027, année où la hausse des prix du pétrole et d’autres produits de base accroîtra la valeur des exportations, avant de s’atténuer à mesure que les prix de l’énergie reculeront. Étant donné que les bénéfices des sociétés et les revenus des particuliers sont imposés sur une base nominale, leur effet sur les recettes fédérales sera probablement moins durable que les gains découlant d’une croissance réelle plus vigoureuse.
Perspectives financières
Depuis la publication de nos perspectives de juin, la conjoncture économique et d’autres facteurs financiers ont augmenté la marge de manœuvre financière de 37,4 milliards de dollars de 2026-2027 à 2030-2031. Cette marge de manœuvre additionnelle est plus importante durant l’exercice en cours, soit 15,5 milliards de dollars, puis diminue par la suite pour se situer entre 2 milliards et 3 milliards de dollars par année à la fin de la période de projection (tableau 4).
Les mesures annoncées depuis la Mise à jour économique du printemps 2026 représentent un coût net total de 52,6 milliards de dollars pour la même période, ce qui fait plus qu’épuiser cette marge de manœuvre additionnelle[^4]. Contrairement à cette marge de manœuvre financière supplémentaire, qui est concentrée au début de la période de projection, le coût des nouvelles mesures ne diminue pas au fil du temps. À compter de 2027-2028, ce coût demeure compris entre 8,4 et 13,9 milliards de dollars par année et excède la marge de manœuvre financière additionnelle pour chacune de ces années. À elle seule, la Mégadéduction à la productivité, qui a été annoncée en dehors du cycle budgétaire habituel, représente 36 milliards de dollars de ce total, ce qui en fait de loin la principale composante du coût net.
Par conséquent, nous prévoyons que les déficits budgétaires demeureront supérieurs à 63 milliards de dollars tout au long de la période de projection. En 2026‑2027, nous prévoyons un déficit de 63,3 milliards de dollars (1,8 % du PIB). Le déficit devrait ensuite atteindre un sommet de 70,2 milliards de dollars (2,0 % du PIB) en 2027-2028, puis redescendre pour s’établir à 67,8 milliards de dollars (1,7 % du PIB) en 2030-2031 (tableau 3).
Comme le BDPB prévoit que le ratio du déficit au PIB augmentera à la fois en 2027‑2028 et légèrement en 2029‑2030, le gouvernement ne respecterait pas sa cible budgétaire visant à maintenir une diminution du ratio du déficit au PIB pendant toute la période de projection selon les plans de dépenses actuels[^5]. Sans les nouvelles mesures annoncées depuis juin, le ratio aurait diminué à chaque année. Dans nos Perspectives économiques et financières de juin 2026, nous estimions à moins de 1 % la probabilité que le ratio du déficit au PIB diminue d’une année à l’autre.
Le BDPB prévoit également que les emprunts du gouvernement fédéral dépasseront largement les déficits budgétaires cumulés au cours de la période de projection. La principale raison est que le gouvernement accorde des prêts à des sociétés d’État et acquiert d’autres actifs financiers. Ces opérations sont financées par des emprunts, mais sont comptabilisées comme des actifs plutôt que comme des dépenses selon la comptabilité d’exercice et n’accroissent donc pas le déficit. Les acquisitions d’immobilisations, comme le matériel militaire, creusent également cet écart, puisqu’elles sont payées au moment de l’achat, mais passées en charges progressivement à mesure qu’elles sont amorties. Le BDPB explique cette dynamique plus en détail dans la récente publication intitulée Les engagements du Canada en matière de dépenses de défense : guide d’introduction. Plus simplement, les sorties de fonds déterminent les emprunts, lesquels accroissent à leur tour la dette contractée sur les marchés et les frais de la dette publique, peu importe leur traitement comptable selon la comptabilité d’exercice. Dans les faits, les deux cibles budgétaires imposent une discipline limitée sur ces emprunts, puisque le ratio du déficit au PIB devrait augmenter en 2027-2028 et en 2029-2030, tandis que les dépenses en capital ne sont pas visées par la cible du budget de fonctionnement.
De 2025-2026 à 2030-2031, le déficit reste globalement inchangé malgré le fait que les dépenses de programmes augmentent plus lentement que les recettes. De 2026‑2027 à 2030‑2031, les recettes progressent à un taux annuel moyen de 3,6 %, soit au même rythme que le PIB nominal, comparativement à 3,2 % pour les dépenses de programmes. Toutefois, comme il a été mentionné précédemment, les frais de la dette publique augmentent plus rapidement, à un rythme annuel de 9,1 %, ce qui neutralise cette amélioration.
Par rapport à la Mise à jour économique du printemps 2026 et abstraction faite des mesures annoncées depuis, nous prévoyons que les déficits budgétaires seront inférieurs de 4,6 milliards de dollars en moyenne par année sur la période allant de 2026‑2027 à 2030‑2031. Cet écart s’explique principalement par l’augmentation des revenus budgétaires prévus (9,2 milliards de dollars par année en moyenne), en partie contrebalancée par l’augmentation des dépenses de fonctionnement et d’immobilisations (annexe I).
Nous prévoyons que le solde de fonctionnement courant affichera un excédent de 6,2 milliards de dollars en 2028-2029, suivant un léger déficit de 0,3 milliard de dollars en 2027-2028, ce qui permettra d’atteindre la première cible budgétaire du gouvernement. Cela dit, cette cible impose une discipline limitée sur les dépenses gouvernementales. La plupart des nouvelles mesures annoncées depuis juin n’entrent pas dans son champ d’application, puisque 43,8 milliards de dollars, soit plus de 80 %, sont attribuables à des investissements en capital et sont exclus du solde de fonctionnement courant. Les 8,8 milliards de dollars restants en mesures de fonctionnement sont plus que compensés par la hausse de revenus de fonctionnement découlant de la conjoncture économique et les autres facteurs budgétaires, qui améliorent le solde de fonctionnement de 37,2 milliards de dollars sur la période allant de 2026‑2027 à 2030‑2031 (tableau 5).
Si l’on exclut les nouvelles mesures de fonctionnement annoncées depuis nos perspectives de juin, le solde de fonctionnement courant atteindrait un excédent de 3,6 milliards de dollars en 2027‑2028, soit un an avant la cible fixée par le gouvernement. Les nouvelles mesures de fonctionnement reportent le retour à l’équilibre à 2028-2029. Nos projections ne comprennent pas les mesures qui seront annoncées dans le budget de 2026, lesquelles détermineront l’année au cours de laquelle le gouvernement atteindra sa cible relative au solde de fonctionnement.
Une analyse plus approfondie du solde de fonctionnement aux fins du calcul de la première cible budgétaire du gouvernement est présentée dans la section intitulée « Cibles budgétaires » que l’on retrouve plus bas dans ce document.
Recettes
La croissance des recettes est robuste, mais elle est concentrée en début de période et découle davantage de l’évolution des prix que de celle de la production. Après la prise en compte des nouvelles mesures annoncées depuis juin, les revenus budgétaires totaux devraient passer de 511,1 milliards de dollars en 2025‑2026 à 610,1 milliards de dollars en 2030‑2031, ce qui correspond à un taux de croissance annuel moyen de 3,6 %, soit un taux légèrement inférieur à la croissance moyenne du PIB nominal de 3,8 % (annexe C; tableau 6). Si l’on exclut les nouvelles mesures, les recettes augmenteraient en moyenne d’environ 3,9 % par année.
Comparativement à nos perspectives de juin 2026, les recettes totales sont plus élevées de 4,1 milliards de dollars en moyenne par année de 2026‑2027 à 2030‑2031. Des perspectives plus favorables à l’égard du PIB nominal, attribuables à la hausse des prix, et d’autres facteurs financiers augmentent les recettes de 10,2 milliards de dollars par année en moyenne. Cette hausse plus marquée en 2027‑2028 (13,4 milliards de dollars) diminuerait progressivement pour s’établir à environ 7 milliards de dollars par année à la fin de la période de projection. Les nouvelles mesures neutralisent environ 60 % de cette augmentation, ce qui réduit la hausse nette des recettes de 6,0 milliards de dollars par année en moyenne. La Mégadéduction liée à la productivité (7,1 milliards de dollars par année, en moyenne) constitue le principal facteur à l’origine de la baisse des recettes, ce qui est partiellement compensé par l’augmentation des recettes découlant des contre-mesures canadiennes aux droits de douane des États-Unis, comme il est décrit ci-après. L’allègement de la taxe d’accise fédérale sur le carburant devrait entraîner une diminution des recettes de 2,7 milliards de dollars en 2026‑2027. L’estimation du DPB est présentée en détail dans Mise à jour du DPB – Suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur le carburant.
La hausse des prix de l’énergie explique près du tiers de la révision à la hausse des recettes attribuable aux facteurs économiques. Pour la période de 2026‑2027 à 2028‑2029, nous estimons que les prix de l’énergie entraîneront une hausse des recettes de 3,8 milliards de dollars par année en moyenne, l’incidence la plus importante étant observée en 2027‑2028 (6,2 milliards de dollars). Après 2028‑2029, cet effet temporaire sur les recettes s’estompera en grande partie à mesure que les prix de l’énergie redescendront à leurs niveaux antérieurs.
Si l’on exclut les nouvelles annonces, les recettes totales seront supérieures de 9,2 milliards de dollars en moyenne de 2026-2027 à 2030-2031 par rapport à celles projetées dans la Mise à jour économique du printemps 2026. L’augmentation projetée des recettes de l’impôt sur le revenu des sociétés représente plus de la moitié de cet écart et s’explique en partie par des bénéfices des sociétés plus élevés, attribuables à des prix du pétrole supérieurs aux prévisions (annexe I).
Impôt sur le revenu des sociétés
Les recettes tirées de l’impôt sur le revenu des sociétés, la deuxième source de recettes fédérales en importance, ont presque doublé depuis la pandémie et représentent en grande partie la révision de nos perspectives. Les recettes tirées de l’impôt sur le revenu des sociétés sont passées de 50,1 milliards de dollars en 2019‑2020 à 97,0 milliards de dollars en 2024‑2025, et devraient atteindre 101,4 milliards de dollars d’ici 2030-2031. Abstraction faite des nouvelles mesures, les recettes de l’impôt sur le revenu des sociétés devraient être supérieures de 4,6 milliards de dollars par année en moyenne pour la période allant de 2026‑2027 à 2030‑2031, par rapport aux Perspectives économiques et financières de juin 2026.
Selon les données de Statistique Canada, les bénéfices des sociétés au premier trimestre de 2026‑2027 étaient supérieurs de 11,3 % à ceux de la période correspondante de l’exercice précédent, ce qui est principalement attribuable aux secteurs de l’extraction de pétrole et de gaz et de la fabrication de produits pétroliers[^6]. Cette hausse sous-tend la projection actuelle des recettes établie par le BDPB. En outre, cette progression s’inscrit dans le prolongement d’une période de croissance généralisée des recettes de l’impôt sur le revenu des sociétés de 2020-2021 à 2025-2026, dont environ les trois quarts sont attribuables aux secteurs non financiers (tableau 7).
Droits de douane à l’importation
Les droits de douane à l’importation devraient demeurer élevés jusqu’en 2028‑2029. Nous prévoyons que les droits de douane rapporteront en moyenne 11,8 milliards de dollars par année de 2025‑2026 à 2028‑2029, comparativement à 5,6 milliards de dollars en 2023‑2024, avant l’entrée en vigueur des contre-mesures canadiennes visant les importations en provenance des États-Unis. Dans ce rapport, les montants relatifs aux droits de douane à l’importation sont présentés déduction faite des remises de droits accordées aux entreprises par l’Agence des services frontaliers du Canada. Aux fins des projections, nous supposons que les contre-mesures canadiennes demeureront en vigueur jusqu’à la fin de 2028‑2029 et qu’elles généreront 18,1 milliards de dollars de recettes de 2025‑2026 à 2028‑2029. Au cours de la même période, les mesures de soutien annoncées pour les travailleurs et les entreprises touchés totalisent 19,9 milliards de dollars, soit 1,8 milliard de dollars de plus que les recettes découlant des contre-mesures. Après 2028‑2029, nous supposons que les contre-mesures prendront fin, de sorte que les droits de douane à l’importation retrouveront leur trajectoire de croissance antérieure.
Dépenses
Les dépenses totales devraient passer de 578,7 milliards de dollars en 2025-2026 à 677,9 milliards de dollars en 2030-2031, ce qui correspond à un taux de croissance annuel moyen de 3,2 % (annexe D; tableau 8). Les dépenses totales sont en moyenne supérieures de 7,2 milliards de dollars à celles prévues dans les Perspectives économiques et financières de juin 2026 pour les exercices 2026-2027 à 2030-2031.
La majeure partie de cette révision est attribuable aux nouvelles mesures, qui accroissent les dépenses de 4,5 milliards de dollars par année en moyenne (annexe H). Les mesures les plus importantes concernent le soutien aux entreprises et aux travailleurs touchés par les droits de douane des États-Unis (7,5 milliards de dollars de 2026‑2027 à 2030‑2031) ainsi que le financement visant à maintenir abordables des services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (5,4 milliards de dollars). Si l’on exclut les nouvelles mesures annoncées depuis la Mise à jour économique du printemps 2026, les dépenses totales sont en moyenne plus élevées de 4,6 milliards de dollars par rapport à celles prévues dans la Mise à jour économique du printemps, en grande partie en raison de la hausse prévue des dépenses de fonctionnement et d’immobilisations (annexe I).
Programme de la Sécurité de la vieillesse
L’augmentation du volume des demandes en attente à la suite de la transformation du programme de la Sécurité de la vieillesse (SV) reporte les dépenses liées aux prestations aux années suivantes. Le BDPB a révisé à la baisse ses perspectives relatives aux prestations de la SV de 1,1 milliard de dollars en 2025-2026 et de 0,8 milliard de dollars en 2026-2027, pour les établir à 84,0 milliards de dollars (croissance de 4,6 %) et à 89,4 milliards de dollars (croissance de 6,4 %), respectivement. Cette révision reflète les résultats présentés dans La revue financière et le moment où les dépenses sont comptabilisées.
Les prestations de la SV ne sont comptabilisées à titre de dépenses qu’une fois la demande approuvée. Les demandes qui sont toujours en attente d’une décision ont pour effet de reporter les dépenses à l’exercice au cours duquel elles sont approuvées. Depuis la transformation du programme de la SV en mars 2025, le nombre de demandes pour la SV, le Supplément de revenu garanti (SRG) et l’Allocation en attente de traitement est plus élevé que lors des années précédentes. En mars 2026, le nombre de demandes en attente de traitement s’élevait à 357 000, comparativement à 290 000 en mars 2024, puis a augmenté pour atteindre 442 000 en juin 2026 (figure 2)[^7]. En septembre 2026, le nombre de demandes en attente de traitement s’élevait à 414 000. Cela comprend toutes les demandes en cours de traitement, dont la plupart ont été reçues récemment et se situent dans les délais normaux de traitement. Il ne s’agit pas d’une mesure des retards de paiement.
Emploi et Développement social Canada.
Emploi et Développement social Canada.
Les demandes en attente comprennent celles relatives à la prestation de base de la SV, au SRG et à l’Allocation. Aucune donnée n’a été publiée pour mars 2025. Elles excluent les demandes de recalcul des prestations du SRG et de l’Allocation fondées sur le revenu estimatif de l’année en cours (« options »).
Charges de programmes directes
Malgré les mesures d’austérité, comme l’examen exhaustif des dépenses (EED), les dépenses ministérielles globales continuent d’augmenter. Les charges de programmes directes devraient passer de 254,7 milliards de dollars en 2025-2026 à 291,5 milliards de dollars en 2030-2031, soit une croissance de 2,8 % par année en moyenne.
Les perspectives du BDPB tiennent compte à la fois des économies prévues dans le cadre de l’EED et de l’augmentation des dépenses en matière de défense annoncées dans le budget de 2025, rajustées en fonction des données sur les dépenses et les effectifs en cours d’exercice. L’effectif total de l’administration fédérale, qui comprend les fonctionnaires civils ainsi que les membres des Forces armées canadiennes et de la GRC, s’est établi en moyenne à environ 429 700 équivalents temps plein (ETP) au premier trimestre de 2026-2027, soit une baisse d’environ 6 400 ETP par rapport à l’exercice précédent. Malgré cette réduction de l’effectif fédéral total, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 11,4 % par rapport à l’année précédente selon La revue financière de juillet, principalement en raison de la hausse des dépenses de défense.
Dette et frais de la dette publique
Les frais de la dette publique constituent la catégorie de dépenses dont la croissance est la plus rapide. Les frais de la dette publique ont plus que doublé, passant de 24,5 milliards de dollars en 2021-2022 à 59,3 milliards de dollars en 2026-2027, et devraient atteindre 83,0 milliards de dollars d’ici 2030-2031. Par habitant, les frais de la dette publique sont passés de 640 $ en 2021-2022 à 1 419 $ en 2026-2027 et devraient atteindre 1 952 $ en 2030-2031, sous l’effet de la faible croissance de la population et de l’augmentation de l’encours de la dette.
À titre indicatif, le ratio du service de la dette, c’est-à-dire le rapport entre les frais de la dette publique et les recettes totales, devrait passer de 10,5 % en 2025-2026 à 13,6 % en 2030-2031. Cette augmentation reflète principalement la croissance de la dette portant intérêt plutôt qu’une hausse des taux d’intérêt. Le ratio du service de la dette est revenu à son niveau de 2007 et dépasse désormais son niveau d’avant la pandémie, bien qu’il demeure nettement inférieur au sommet atteint dans les années 1990, où il avait culminé à 37,6 %. L’alourdissement du fardeau des intérêts signifie qu’une part croissante des recettes fédérales est consacrée au service de la dette plutôt qu’à d’autres priorités budgétaires, comme réduire la dette, accroître les dépenses ou alléger le fardeau fiscal (figure 3).
Finances Canada, Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Finances Canada, Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les données sont présentées par exercice financier (2025 correspond à l’exercice 2025‑2026). La période de prévision s’étend de 2025‑2026 à 2030‑2031.
Le ratio de la dette fédérale au PIB devrait passer de 40,8 % en 2026-2027 à 42,6 % d’ici 2030-2031. Au cours de la période de projection, la dette par habitant passe de 33 436 \$ en 2026-2027 à 39 191 \$ en 2030-2031, augmentant plus rapidement que le PIB nominal par habitant.
Cibles budgétaires
Dans la Mise à jour économique du printemps 2026, le gouvernement a réaffirmé son engagement à l’égard de deux cibles budgétaires :
- Équilibrer les dépenses de fonctionnement et les recettes d’ici 2028-2029;
- Maintenir le ratio du déficit au PIB sur une trajectoire descendante.
Selon nos projections, ces deux cibles budgétaires n’imposent qu’une discipline budgétaire limitée en matière de dépenses et d’emprunts du gouvernement.
1. Équilibrer le budget de fonctionnement d’ici 2028-2029
Le BDPB a publié une évaluation détaillée de cette cible dans le rapport intitulé La cible du budget de fonctionnement du gouvernement et les Classifications détaillées des dépenses en capital. Selon ses perspectives de juin, le BDPB estimait que le gouvernement manquerait de peu sa cible budgétaire, avec un écart de 500 millions de dollars, et atteindrait l’équilibre plutôt en 2029-2030.
D’après les données économiques actuelles et les mesures budgétaires annoncées depuis juin, le BDPB prévoit que le gouvernement atteindra, d’ici 2028-2029, sa cible budgétaire consistant à équilibrer les dépenses de fonctionnement et les recettes, à la suite d’un léger déficit de fonctionnement en 2027-2028. Le retour à l'équilibre dépendra des mesures additionnelles qui seront prises dans le budget de 2026.
Afin de mettre en contexte la discipline budgétaire associée à cette cible, si le gouvernement n’avait pas mis en place de nouvelles mesures fiscales ou effectué de nouvelles dépenses depuis juin 2026, le BDPB estime que le solde de fonctionnement aurait atteint un excédent de 3,6 milliards de dollars en 2027-2028, soit un an avant l’échéance fixée par le gouvernement. Cette amélioration découle d’une hausse de 13,4 milliards de dollars des revenus de fonctionnement, attribuable au PIB nominal plus élevé en raison de la hausse des prix, en partie contrebalancée par une augmentation de 1,5 milliard de dollars des charges de fonctionnement. Les nouvelles mesures de fonctionnement de 7,1 milliards de dollars neutralisent cette amélioration en 2027-2028. Des 52,6 milliards de dollars de mesures annoncées depuis juin sur cinq ans, 43,8 milliards sont considérés comme des dépenses en capital et ne sont donc pas visés par la cible budgétaire.
Le gouvernement a indiqué qu’il s’attend à équilibrer ses recettes et ses dépenses de fonctionnement en 2027‑2028, ce qui tiendra compte des nouvelles mesures fiscales et des nouvelles dépenses annoncées dans le budget de 2026. Le BDPB prévoit que le budget de fonctionnement sera près d’être équilibré en 2027-2028, affichant un déficit de 0,3 milliard de dollars. Ce résultat dépend des recettes provenant des contre-mesures tarifaires que le BDPB estime à 5,3 milliards de dollars en 2027-2028. En l’absence de ces recettes, le déficit de fonctionnement courant s’élèverait à 5,6 milliards de dollars. La projection tient également compte de 4,6 milliards de dollars en mesure de fonctionnement pour 2027-2028 annoncées depuis le budget de 2025.
2. Baisse du ratio du déficit au PIB
Selon les plans financiers annoncés, le BDPB prévoit que le gouvernement ne respectera pas sa deuxième cible budgétaire, soit de maintenir le ratio du déficit au PIB sur une trajectoire descendante, ce ratio devant augmenter en 2027-2028, puis de nouveau légèrement en 2029-2030.
Comme l’indique le tableau 3 plus haut, nous prévoyons que le ratio du déficit au PIB sera de 1,8 % en 2026-2027. Le ratio grimpera à 2,0 % en 2027-2028, pour ensuite suivre une tendance à la baisse jusqu’à ce qu’il atteigne 1,7 % en 2030-2031. Sans les nouvelles mesures annoncées depuis juin, le ratio aurait diminué à chaque année.
Dans nos perspectives de juin 2026, nous avions soumis le plan financier du gouvernement à des tests de résistance afin d’évaluer un éventail de résultats possibles pour le ratio du déficit au PIB. S’inspirant de plusieurs décennies d’histoire économique et budgétaire au pays, notamment de récessions, de crises financières et d’effondrements des prix du pétrole, le BDPB a évalué, dans le cadre de cet exercice, la probabilité que le ratio du déficit au PIB diminue chaque année jusqu’en 2030‑2031. Compte tenu de la volatilité inhérente de l’économie canadienne et des recettes fédérales, nous avons estimé cette probabilité à moins de 1 %.
Ratio de la dette au PIB
Le BDPB continue de considérer le ratio de la dette au PIB comme le principal indicateur de la situation financière globale du gouvernement.
Le FMI recommande que le gouvernement fédéral rétablisse le ratio de la dette au PIB comme principale cible budgétaire pour le Canada, soulignant qu’une telle mesure « renforcerait la discipline, la transparence et la crédibilité tout en préservant une marge
de manœuvre budgétaire pour des investissements à haut rendement ».
Le gouvernement a plutôt présenté un plan financier à moyen terme qui prévoit une augmentation du ratio de la dette au PIB afin d’utiliser la marge de manœuvre budgétaire existante pour financer de nouvelles mesures, notamment des investissements qui, à son avis, génèreront des retombées importantes pour la prospérité et la résilience futures du Canada.
L’examen et la surveillance des dépenses publiques constituent une responsabilité essentielle du Parlement. Par conséquent, le BDPB continuera de surveiller l’évolution des déficits et de la dette fédérale par rapport au PIB, ainsi que la mesure dans laquelle les dépenses et les investissements du gouvernement produisent les résultats escomptés.
Le ratio de la dette fédérale au PIB devrait continuer son augmentation de 40,8 % en 2026-2027 à 42,6 % en 2030-2031.
Risques et incertitude
Nos perspectives fournissent une projection de référence pour aider les parlementaires à évaluer les résultats économiques et financiers possibles dans le cadre des politiques actuelles. Nous estimons que les risques pesant sur nos perspectives sont relativement équilibrés.
Cette section présente, de façon générale, les principaux facteurs de risque.
Incertitudes et risques économiques
La politique commerciale demeure la principale source d’incertitude entourant nos perspectives. Selon notre scénario de référence, les mesures tarifaires américaines en vigueur depuis le 1er octobre 2026 resteront en vigueur tout au long de la période de projection. Si les États-Unis devaient relever leurs droits de douane et que le Canada ripostait, les exportations et les investissements des entreprises seraient nettement inférieurs aux niveaux projetés, et les déficits budgétaires seraient sensiblement plus élevés.
À l’inverse, un accord visant à annuler les mesures imposées en août et à rétablir les dispositions commerciales prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique stimulerait la reprise des exportations et des investissements des entreprises. Nous estimons que le PIB réel ne retrouverait pas entièrement la trajectoire qu’il aurait suivie en l’absence du différend commercial, puisqu’une réévaluation du risque associé aux échanges commerciaux bilatéraux est déjà intégrée au comportement des entreprises.
Les finances du Canada reflètent son statut d’exportateur net d’énergie. De façon générale, selon nos modèles, une hausse soutenue de 10 $ US du prix du pétrole par baril pendant quatre trimestres se traduirait par une augmentation des recettes annuelles de 2,9 milliards de dollars (tableau 10). Cette relation est influencée par un grand nombre de facteurs; par exemple, le dollar canadien s’est apprécié par le passé lorsque les prix de l’énergie étaient élevés, ce qui a contribué à compenser les pressions à la hausse exercées sur les prix des importations. Cette relation pourrait toutefois ne pas se vérifier dans tous les scénarios futurs.
La hausse des taux d’intérêt constitue un risque important pour les frais de la dette publique. Selon nos perspectives actuelles, une augmentation permanente de 100 points de base des taux d’intérêt ferait augmenter les frais de la dette publique de 5,1 milliards de dollars la première année et de 15,8 milliards de dollars d’ici la quatrième année, par rapport aux projections de référence. Les frais de la dette publique sont maintenant plus de deux fois plus sensibles aux hausses des taux d’intérêt qu’avant la pandémie, principalement parce que le gouvernement a un encours plus élevé de dette portant intérêt.
Deux facteurs compensent en partie cette hausse. La hausse des taux d’intérêt accroît le rendement des actifs financiers du gouvernement, ce qui fait augmenter les recettes. Elle entraîne également une hausse des taux d’actualisation utilisés pour évaluer les obligations futures du gouvernement au titre des régimes de retraite et des autres avantages sociaux futurs, ce qui réduit les pertes actuarielles nettes.
Globalement, nous estimons que le solde budgétaire se détériorerait de 3,2 milliards de dollars la première année et de 5,9 milliards de dollars d’ici la quatrième année. D’ici 2030-2031, le ratio du service de la dette atteindrait 14,9 %, soit une hausse de 1,2 point de pourcentage par rapport aux projections de référence. Le ratio de la dette fédérale au PIB atteindrait quant à lui 42,9 %, soit 0,4 point de pourcentage de plus que dans les projections de référence.
Les autres risques économiques sont les suivants :
L’incertitude géopolitique et commerciale accrue pourrait retarder le redressement des investissements des entreprises, même selon notre hypothèse de maintien permanent des droits de douane. Les entreprises pourraient reporter ou annuler leurs projets d’investissement, ce qui réduirait la productivité de la main-d’œuvre et la croissance potentielle de la production. Il en résulterait une dette fédérale et des déficits budgétaires plus élevés que prévu.
Les coûts de construction élevés, exacerbés par les contre-mesures canadiennes visant les matériaux de construction, pourraient également retarder la reprise de l’investissement résidentiel et ralentir la résorption du déficit de logements à l’échelle nationale.
La consommation des ménages pourrait également être plus faible que prévu, car les ménages qui renouvellent des prêts hypothécaires souscrits à une époque où les taux d’intérêt étaient plus faibles devront assumer des paiements plus élevés, ce qui laisse moins de revenu disponible pour d’autres dépenses.
La croissance démographique pourrait être plus forte que prévu, ce qui stimulerait la consommation des ménages et l’investissement résidentiel tout en augmentant la production potentielle.
Pressions et incertitudes financières
Les perspectives révisées du BDPB ne tiennent pas compte de l’engagement pris par le gouvernement envers l’OTAN de faire passer les dépenses totales en matière de défense de 4 % du PIB d’ici 2030 à 5 % d’ici 2035. Selon les estimations du BDPB, le respect de cet engagement pourrait nécessiter des dépenses de défense de base de 163,6 milliards de dollars en 2035‑2036 (selon la méthode de comptabilité de caisse). L’incidence sur les déficits et la dette dépendra du rythme auquel les dépenses augmenteront ainsi que de la façon dont ces augmentations seront financées[^8].
Selon la méthode de la comptabilité de caisse, les perspectives tiennent compte de dépenses de défense de base équivalant à 2,0 % du PIB en 2025-2026, puis à 2,5 % d’ici 2030-2031. Selon la méthode de la comptabilité d’exercice, les dépenses de défense de base au titre de l’engagement envers l’OTAN devraient passer de 48,7 milliards de dollars en 2025-2026 à 68,2 milliards de dollars en 2030-2031, la part des dépenses totales de programme passant de 9,5 % à 11,4 % au cours de la période de projection. En incluant les pertes actuarielles nettes, elles passent de 56,8 milliards de dollars à 70,4 milliards de dollars (tableau 11). Le profil selon la comptabilité d’exercice est une estimation du BDPB, dérivée de la projection des dépenses selon la comptabilité de caisse ajustée pour tenir compte d’hypothèses concernant l’amortissement des immobilisations ainsi que l’évaluation actuarielle des régimes de retraite.
Les autres risques financiers sont les suivants :
Transfert canadien en matière de santé – Si le facteur annuel de croissance de 5 % du Transfert canadien en matière de santé était maintenu après 2027-2028, plutôt que de revenir à la croissance fondée sur une moyenne mobile sur trois ans de la croissance du PIB nominal (avec un minimum de 3 %), les dépenses fédérales augmenteraient en moyenne de 1,7 milliard de dollars par année de 2028‑2029 à 2030-2031 par rapport aux projections de référence.
Apprentissage et garde des jeunes enfants – En juin 2026, le gouvernement a annoncé un financement temporaire supplémentaire de 5,4 milliards de dollars, concentré en 2026-2027 et en 2027-2028. Les augmentations futures potentielles au-delà des ententes actuelles, y compris le maintien de ce financement après son échéance, ne sont pas estimées dans les perspectives actuelles. Par conséquent, le financement annuel diminue d’environ 2,8 milliards de dollars en 2028-2029.
Passifs éventuels – Les dépenses au titre des passifs éventuels varient considérablement, passant d’environ 26 milliards de dollars pour les revendications autochtones en 2022-2023 à environ 8 milliards de dollars en 2024-2025. Nos projections supposent qu’elles demeureront conformes à leur moyenne historique des dix dernières années, soit environ 8 milliards de dollars par année. Pour de plus amples renseignements sur les passifs éventuels, veuillez lire notre rapport intitulé Aperçu des passifs éventuels.
Pertes sur prêts – Les prêts et avances consentis aux sociétés d’État entreprises ont atteint 141,5 milliards de dollars en 2025, soit près du triple de leur niveau de 2016, ce qui accroît l’exposition du bilan fédéral aux risques de crédit, de marché et d’exploitation[^9].
Dépassements de coûts des projets d’immobilisations – Les projets ciblés par le Bureau des grands projets, de même que d’autres priorités fédérales, devraient attirer des investissements publics, dont la part assumée par le gouvernement fédéral reste à déterminer. Comme c’est le cas pour d’autres grands projets d’immobilisations, les coûts définitifs pourraient dépasser les estimations initiales. À titre d’exemple, le coût final du projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain a dépassé 34 milliards de dollars, soit plus de six fois l’estimation initiale établie par le secteur privé.
Annexe A : Perspectives économiques détaillées
Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les taux d’intérêt (le taux des bons du Trésor à 3 mois et le taux des obligations du gouvernement à 10 ans) sont des valeurs de fin de période. Les niveaux du PIB nominal présentés dans les perspectives économiques de juin ont été redressés afin de tenir compte des révisions historiques.
Annexe B : Composition du PIB nominal
Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Statistique Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Annexe C : Perspectives de revenus détaillées
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
\* Les autres programmes incluent les Produits issus de la tarification de la pollution à retourner aux Canadiens et aux Canadiennes. Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Annexe D : Perspectives détaillées des dépenses
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Annexe E : Compte des opérations de l’assurance-emploi
Bureau de l’actuaire en chef et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de l’actuaire en chef et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué. La période de prévision s’étend de 2025 à 2034.
Bureau de l’actuaire en chef et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de l’actuaire en chef et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué. La période de prévision s’étend de 2025 à 2034.
Annexe F : Dépenses de programmes directes
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Annexe G : Perspectives de la dette fédérale
Plans d’entreprise des Sociétés d’État entreprises et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Plans d’entreprise des Sociétés d’État entreprises et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
\* Les exigences d’emprunt en vertu de la *Loi autorisant certains emprunts* concernent la somme de la dette contractée sur les marchés par le gouvernement du Canada et les sociétés d’État mandataires. Ce montant peut différer légèrement de ce qui est déclaré dans les Comptes publics, qui comprennent un rajustement pour le coût amorti. Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Annexe H : Comparaison avec les perspectives de juin 2026
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Annexe I : Comparaison avec la Mise à jour économique du printemps 2026
Finances Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Finances Canada et Bureau de la directrice parlementaire du budget.
Cette comparaison exclut les mesures annoncées depuis la Mise à jour économique du printemps 2026. Les chiffres étant arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.
Plus
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Communications
Communiqué de presse
Citations
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Le Canada est confronté à des perspectives économiques et financières plus difficiles que ce que nous avions prévu en juin. Les mesures commerciales additionnelles et l'incertitude qui persiste brident la croissance de la production réelle – ce que nous produisons en tant que pays.
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Une cible de budget de fonctionnement équilibré ne devrait pas être interprétée comme une situation budgétaire équilibrée. Elle est conçue de manière à exclure les dépenses d’immobilisations financées par des emprunts, ce qui signifie que les emprunts et la dette peuvent continuer d’augmenter, même si la cible est atteinte.
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L’emprunt fédéral dépassera largement le déficit budgétaire cumulatif au cours de la période de projection parce qu’en comptabilité d’exercice, les dépenses d’immobilisations et les prêts aux sociétés d’État sont inscrits comme des éléments d’actif et non comme des éléments de passif. Cela masque la réalité de la dette en espèces et soulève des questions quant à savoir si le cadre budgétaire actuel donne un portrait complet et transparent de la viabilité financière du Canada.
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À long terme, les perspectives économiques et financières du Canada dépendront largement de la mesure dans laquelle les investissements du budget d’immobilisations se traduiront ou non par une croissance de la productivité, de la capacité économique et de la prospérité.
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Le BDPB continue de soutenir que le ratio de la dette au PIB est un repère important pour mesurer la santé financière. Il augmentera de façon constante au cours des cinq prochaines années.
Directrice parlementaire du budget